Le groupe Lo’Jo a été créé en 1983 par Denis Péan. De ce temps, ils ne sont plus que deux, Denis et Richard, le violoniste du groupe. Retour sur une drôle d’histoire… 

Le groupe offre au public un concert très enjoué, accompagné de la voix de Denis qui narre ses chansons à la Ferré. Il fait partie de cette vague de chanteurs qui nous racontent des histoires très poétiques et dont on a besoin de lire les textes pour arriver à en saisir toutes les subtilités. 

« Peut-être y a t-til une dimension musicale dans la parole. » nous explique Denis. « La parole est une vibration mais aussi un sens. Et dans ces paroles là, il y a beaucoup d’histoires. C’est comme si je photographiais en fin de compte. Je n’ai pas d’appareil photo et j’écris des bribes, des petites séquences de la vie ordinaire ou extraordinaire sur un petit calepin. Puis je recolle tous ces morceaux, mais je ne suis pas à cheval sur la cohérence, la logique, parce que la vie ne l’est même pas. 
Dans une seule journée, il peut arriver des événements complètement disparates. C’est ce que racontent mes chansons. 
J’aime le mystère au fond. Je me repose dans le secret. » 

Dans le secret oui, mais vous dites aussi beaucoup de choses… 

Oui. La première caractéristique de l’Humain est de posséder le langage. On l’acquière petit. On parle la langue maternelle. J’en ai une. Ma langue maternelle c’est le Français. Je ne l’ai pas ménagé car je ne suis pas très académique et je sais que la langue s’invente. 
Puis lorsque j’ai voyagé, j’ai été touché par les langues créoles. Je suis ému de voir comment les Africains manient le Français. Ils y ajoutent toujours une note d’humour ou de pertinence qui me touche beaucoup. 
J’aime les poètes des Caraïbes comme Léon-Gontran Damas, Édouard Glissant. Ils m’ont toujours beaucoup touché car ils font rentrer dans la langue française quelque chose d’autre qui la magnifie. 
J’ai aussi joué dans les pays de Scandinavie, en Russie, en Allemagne, en Géorgie, au Canada, etc. 

On ne vous voit quasiment jamais à la télé. Ce qui est la preuve que l’on a de superbes artistes qui sont méconnus et échappent à la jeunesse. 

Jamais. On ne m’y voit jamais. J’assume quelque part mon rôle de marginal et quelquefois je regrette de savoir qu’il y a des gens qui pourraient nous aimer, avec qui on pourrait être compagnons de route et qui vont nous ignorer. 

Vous avez un parcours assez atypique. 

Je suis parti quatre ans avec une troupe de rue. Le côté théâtre, cirque est toujours resté imprimé en nous et se ressent dans certaines chansons. Le vagabondage puis une fantaisie sonore. Nous étions des musiciens fait pour accompagner des acrobaties. C’est-à-dire que nous improvisions, nous devions 

conclure à point nommé, ambiancer une situation poétique… Cette aventure nous a appris beaucoup de choses sur la musique. Notamment le public de rue qui ne nous connait pas, ne vient pas pour nous et avec lequel il nous faut entrer en communication. 

Vous avez collaboré avec Adama Traoré

Il est le premier à nous avoir invités au Mali. C’est un grand homme de théâtre et un grand militant, franc-tireur, très courageux. Il fait des choses extraordinaires, par exemple du théâtre éducatif dans le désert du Sahara. Même à notre époque, il va braver les interdits et les tabous. C’est un homme magnifique et bouleversant par sa personnalité, sa présence et sa dignité dans un monde complètement décousu, presque absurde. Il vit dans un pays en guerre, avec des moyens ridicules pour la culture et cet homme de lettres, ce dramaturge qui vit avec des bouts de ficelle prend une camionnette pour aller dans des patelins du Sahara pour parler aux gens. 

Vous êtes aussi un homme à part. Pouvez-vous nous parler du lieu de résidence que vous avez créé ? 

J’habite dans cette maison depuis 18 ans. C’est un lieu d’accueil pour des musiciens voisins, locaux et internationaux. Et il se trouve que c’est la fin car on vient de nous virer. L’équipe municipale a changé et il y a un scandale autour de cette affaire entre les partisans du maire et nos proches, nos fans. Nous allons aller ailleurs. 

Il y a toujours un ailleurs ? 

Oui, la vie continue. J’espère que l’on en a encore au moins pour trente ans. J’ai l’impression d’être un enfant qui découvre la vie. Chaque journée est une preuve que la vie est magnifique. Elle n’est pas sans douleur. Elle n’est pas sans blessures. Mais elle est magnifique. 

C’est la curiosité qui rend possible la vie. C’est ce que j’enseigne aux enfants. Je leur dit soyez curieux, restez curieux, sinon vous allez vieillir avant l’âge. Il est important de garder son âme d’enfant. On peut la déployer avec l’âge. On nous dit que le monde est austère, l’époque est austère et c’est vrai. On guerroie, on prend les armes et on se bat pour un bout de pouvoir… C’est à nous, artistes, de mettre autre chose dans la balance, même si on pèse pas lourd, à la fin on arrive quand même à transformer des vies… tout au moins des journées ou des instants. 

Vous êtes des porteurs de messages, des porteurs d’espoir ? 

Je le crois absolument. Il y a un rôle très ancien de la musique. Le divertissement l’a un peu occulté, mais la musique a le pouvoir de guérir. Et guérir cela veut simplement dire « rendre bien ». C’est une vibration la musique, c’est une onde. Et l’on sait qu’une onde peut faire du bien ou du tort. Il faut que cette onde soit bénéfique.

©photos Sophie Peuch

Quand vous retrouve-t-on sur les routes ?

Nous avons participé au Festival de Jazz de Montréal puis au Festival d’été de Québec. Nous revenons tourner en France. Par exemple à Mourèze (dans l’Hérault), un superbe village avec une asso du tonnerre, et d’autres dates encore.

Un grand merci à Lo’Jo qui nous ont fait vivre un moment hors du temps entre rythmes enjoués et la voix posée de Denis qui narre ses chansons. Nous avons été fascinées par leur art, mais aussi par les lumières qui accompagnaient le concert. Un moment merveilleux que nous vous conseillons de partager avec eux si ils se produisent près de chez vous.