Vous avez découvert DJ Mayday dans un article précédent. Nous vous présentons aujourd’hui la seconde partie de son interview, tout aussi passionnante que la première ! 

De plus, lors de la première partie de notre article, nous avons malheureusement écorché un nom. Dans le second paragraphe, au lieu de « Jeff et le Mr. Chill », lisez « DF le Mr. Chill ». Toutes nos excuses. 

Aujourd’hui, à travers mon métier, j’essaie de faire de la sensibilisation autour du s’écouter soi, écouter l’autre. Je l’ai fait avec des personnes âgées, des trisomiques… ça fait redescendre sur terre et gagner en humilité, en effet. 

On a tous ça en nous. En France, par exemple, on a un complexe sur le sens du rythme, on dit « ouais c’est les Noirs qui ont le sens du rythme » mais pourtant beaucoup ne l’ont pas, ici. Ce n’est donc pas génétique mais clairement culturel. Il y a beaucoup de foyers qui ont réussi à ne pas couper ce lien, et le fait d’entretenir là où il y avait du chant ou une façon de communier avec du rythme permet de traverser les générations, voire passer au travers du ventre de la mère. J’ai lu plusieurs biographies d’artistes qui relatent ces histoires et l’universalité de la musique. 

Quand je me suis intéressé à l’électro-accoustique, j’ai pu constater que ce ne sont que des vibrations, qu’il y en a partout et qui souvent sont mal utilisées. Notamment avec le numérique, on synthétise tout et avec des 0 et des 1 on ne peut pas quantifier la nature, on ne peut que la capturer approximativement. Par exemple, en photo et en vidéo on aura des pixels, et dans le son c’est l’échantillonnage qui fait qu’au bout d’un moment il y a des défauts qui n’existent pas en analogique, sur des supports plus fragiles mais qui sont vivants. Une cassette, tu l’utilises plusieurs fois, elle s’use… mais elle sera meilleure, plus qualitative après.
Je me suis rendu compte il n’y a pas longtemps que chez Disney, qui possèdent toutes les grosses licences, ils stockent tout sur Technicolor, parce que même actuellement on n’a pas trouvé mieux comme moyen de sauvegarde. Là, la pellicule peut survivre indéfiniment dans un local réfrigéré. 

Cette recherche de la fragilité, de l’instantané, c’est ce qui fait la beauté de la chose. Et c’est ce qui me rapproche de pas mal d’artistes avec lesquels je travaille, dont Dadoo. On veut trouver la fragilité de l’instant, de l’émotion, la pureté. Ces choses peuvent paraître niaises, comme la naïveté ou l’envie de donner de l’amour, mais c’est pour ça qu’il y a beaucoup de musiques dans différents styles qui sont touchantes.
J’adore la folk, la musique ethnique, le gospel… alors que moi-même je pratique une musique plus synthétique. Tout ça, c’est chargé d’âme, et ça nous sert à nous, DJ, quand on se met à composer avec l’échantillonnage. On ne part pas de rien et c’est une façon de continuer cette vie là. Pour moi, ces artistes là on atteint l’éternité et ils influencent encore aujourd’hui la nouvelle génération. 

Au fur et à mesure où un artiste se perfectionne dans son art, il s’intéresse forcément à ce qu’il s’est passé avant. On a la chance d’avoir une langue très riche, de grands artistes, et dans l’écriture une certaine force qui influence d’autres peuples. Ceci dit, le langage parlé est une force d’expression qui limite, et c’est pour ça qu’entre musiciens, notamment avec ceux dont on ne parle pas la langue, on a une communication qui va au-delà des mots. 

Aujourd’hui, que se passe-t-il dans ta vie professionnelle ? 

À l’instant T, j’organise une série de sessions DJ qui sont assez novatrices dans le coin : on appelle ça une silent party. Le concept, c’est faire danser les gens en diffusant la musique de plusieurs DJ qui mixent en temps réel côte à côte. Ainsi, la personne, peut choisir sa musique, et c’est aussi un défi pour les DJ : comme chaque canal sur les casques émettent une couleur différente, certaines personnes se rapprochent, se présentent à travers la danse et le langage du corps entraîne une forme de communication pure, inconsciente et magnétique.

En tant que DJ, ça m’a permis de voir que je peux communiquer de façon très précise, bien plus que dans un ensemble sonore habituel. Je peux aller loin dans la pédagogie, leur faire comprendre ce que je suis en train de faire et les impliquer. C’est le même jeu qu’entre une télé et le cinéma où le même film n’est pas reçu pareil.

Je l’ai déjà fait deux fois, et on est en train de rechercher de nouveaux lieux et partenaires pour le faire. Par exemple, le FabLab de Toulouse, le Musée d’Art Contemporain semblent intéressés.
C’est un concept qui existait déjà dans les pays du nord, en Australie également, où la culture est sans doute plus individualiste mais aussi plus honnête. Quelques soirées ont aussi eu lieu à Paris.

Au départ j’étais très sceptique sur le concept, mais après avoir essayé je l’ai totalement adopté. Ce qui est marrant, c’est que quand tu enlèves ton casque, l’ambiance est assez surnaturelle. En plus, chacun peut le régler à sa façon, et même quelqu’un qui n’entend pas bien peut en profiter. J’essaie toujours de faire un casting de DJ assez complet, afin de proposer plusieurs univers.

Je crois qu’il y avait moins de gens âgés dans les précédentes sessions. Mais je pense que ça vient de l’heure, parce que nous avons discuté avec certaines personnes dans l’après-midi plutôt ouvertes à l’idée, notamment au fait que ça ne dérange pas le voisinage. On veut que ce soit intergénérationnel. 

J’ai aussi d’autres projets : Black PunHk avec Dadoo et Billy Bats entre autres, plus tout un tas de beatmakers. C’est un mélange de notre parcours à chacun, notre rencontre et un certain esprit rock’n’roll qu’on a retranscrit avec notre culture hiphop. On parle ici de spontanéité, d’énergie forte et brute. Il y a plein de choses à dire. Le projet existait déjà avant que j’atterrisse dedans, et il n’y avait que des gens que j’admire. On a créé une symbiose, je pense qu’on était faits pour faire ça.

Dadoo a monté un label qui s’appelle Super Records qui a vocation à faire dans le vertueux et pas que dans le virtuel (vinyle par exemple).

Je collabore aussi avec un ancien membre d’un groupe ghetto l’Assemblée, qui fait depuis un petit moment une carrière solo et qui s’appelle Fresh Gordon. Je crois vraiment en lui, en son potentiel énergique. Il s’est entouré de musiciens dans une énergie rock. Je l’accompagnais depuis un moment dans ses soirées So Fresh.
C’est un plateau avec une dizaine de rappeurs qui font des sets à une vitesse assez folle. À la fin tout le monde se rencontre autour d’un freestyle. C’est souvent l’occasion de voir plein d’artistes nationaux, de divers horizons : reggae, raggamuffin, rappeurs à l’ancienne…

Au départ venu pour assister à une répétition, je me retrouve être une sorte de chef d’orchestre avec mes platines pour ces musiciens qui, eux, ne sont pas familiarisés avec le hip hop ou la façon de travailler du studio.

J’accompagne aussi deux entités de la génération après moi, comme j’ai pu le faire il y a quelques années avec BigFlo et Oli. Il y a A.Z, un rappeur solo bordelais d’origine et toulousain d’adoption. Il a le sens de l’ironie, du décalage, alors que c’est un kicker, très fort en freestyles, et largement capable de les remporter. Il a une bonne lecture, drôle et complexe, sur notre époque.
Et puis il y a les 100 Larmes, trois frères très organisés qui ont un rap plus classique. Ils se sont mis à rapper plus sérieusement parce que leur grand frère, qui commençait à bien monter dans le rap, est décédé. Eux qui rappaient chacun de leur côté (un beatmaker, un qui enregistre, un qui écrit un peu plus que les autres) sont très complémentaires. Ils m’ont demandé de les accompagner, sont très humbles et me touchent beaucoup.

Il y a aussi les frérots du CDXX, que je suis toujours et qui sont dans mon coeur. Quand ils seront prêts à aller de nouveau sur du live, je serais évidemment là.

Vous pouvez me retrouver aussi en train de mixer au Moloko, au Connexion, au Nasdrovia mais aussi à l’Autruche, où je suis résident depuis peu. Tous ces lieux sont toulousains et ce sont vraiment des endroits qui n’ont rien à voir les uns avec les autres mais je fais ça depuis toujours. À une époque, je jouais dans des trucs VIP et en même temps dans des squatts. Des fois j’essayais de ramener des squatteurs dans les soirée VIP. Ça ne fonctionnait pas toujours, mais j’ai souvent tenté de casser les niches, les codes et les enclaves de la lutte des classes. De toute façon, l’époque fait que tôt ou tard on se rendra compte qu’on est dans le même radeau depuis le départ, qu’il n’y en a que quelques uns qui se foutent de notre gueule et jouent aux Playmobiles avec nous. 

Mais on les emmerde : fédérons-nous, donnons nous de l’amour, soyons positifs. Et c’est ça que le hiphop veut nous transmettre